Cap...Journal d'un Musulman Allemand (33)
C'est aujourd'hui, Ail Al-Fitr, la plus grande fête musulmane. Im me fit voir trois différentes faces de l'Islam.
Tôt le matin, j'ai pris part aux longues prières qui séparent la fin du Jeûne du Ramadan des trois jours de célébration du Seker Bayrami(la Fête des sucreries).
La mosquée de Tesvikiye était débordante de monde. Nombre de croyants avaint apporté leurs propres tapis de prière (seccade), mais comme beaucoup d'autres j'ai fait ma prière, dans la cours de la Mosquée, sur le papier d'un journal de l'édition de ce matin.
A midi, nous visitâmes la Mosquée du Sultan Eyup sur les rives supérieures de la Corne d'Or (Haliç). Depuis qu'elle fut construite sur la tombe d'Ayoub, porte-drapeaux de Mohammed, miraculeusement redécouverte durant le siège turc en 1453, des légendes et des traditions ont entouré cette mosquée et son site pittoresque. C'est là en Islam la chose la plus proche à un lieu de dévotion chrétienne. Que pourrai-je dire de la coutume superstitieuse de boire à quatre fontaines, aux autre coins d'une palissade de proximité de la mosquée, en veillant scrupuleusement à ouvrir d'abord tous les robinets puis à les fermer un à un.
Des amoureux, des parents, des étudiants, des soldats, tous ceux qui nourrissent des vœux viennent ici nourrir 1001 colombes avec un kilogramme de mais en gardant toutefois une quarantaine de grains, qui seront jetés au même endroit quand survient l'évènement des animaux qui seront rapidement sacrifiés au nom d'Allah et offerts aux pauvres dans la cuisine de l'indigent, une annexe de la Mosquée du Sultan Ayoub.
Et, bien sûr, la foule à la mosquée ne serait nullement typique sans ce grand nombre de petits garçons dits sunnetli, habillés en généraux, en amiraux et en princes,. Ils seront circoncis le jour suivant. (Ces garçons sont donc fêtés comme le seront leurs sœurs le jour de leur mariage).
Les Wahhabites mettraient certainement une fin sans appel à ces aspects folkloriques et superstitieux d'un Eslam populaire. Ils sne tolèrent pas l'exploitation commerciale et d'agitation près de la Mosquée du Prophète, dans l'intérêt du décorum, sans se souvier du cachet historique local et des distractions populaires.
Le soir, nous assistons à un défilé de mode. L'un des plus attrayants vêtements, fait de soie crêpe noir, est virtuellement un scandale par son design argenté qui consiste en des passages coraniques écrits en Arabe de manière fantaisiste. La beauté graphique de l'ensemble suscite beaucoup d'applaudissements naïfs de gens qui seraient horrifiés si elles pouvaient comprendre ce qui est écrit. En une seule génération après Ataturk, l'écrite arabe est devenue ici aussi étrangère que les lettres chinoises- et celà à un peuple qui lisait l'Arabe et écrivait sa propre langue en lettres arabes jusqu'après le Première Guerre Mondiale.
Est-ce le "Progrès"?
La semaine prochaine : Ibn Khaldoun par Marx
Bonn, le 28 avril
1982
Voir aussi :
Cap...Journal d'un Musulman Allemand (32)
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